Tai Yi Wu Xing Quan

Wudang Tai Yi Wu Xing Quan : Pratique

 

Le Taiyi Wuxing Quan est une sorte d’art martial interne propre à Wudang (la montagne Wudang en Chine, est à la fois un haut lieu Taoïste et la source des arts martiaux internes).

Il s’agit d’une création originale opérant une synthèse entre les jeux des 5 animaux , le Tai Ji de Wudang, la théorie des 5 éléments, les 8 trigrammes et les positions des 9 palais en s’appuyant sur l’ordre de l’énergie cosmique naturelle, en union avec le ciel et la terre.

Le Taiyi Wuxing a pour objectif d’être un excercice complet ayant pour base l’énergie, dans le but de renforcer l’organisme, et de transformer en profondeur les qualités du corps et de l’esprit.
Ses mouvements harmonieux et souples, sont caractérisés par la rotation des hanches pour entraîner le corps. les deux mains tiennent un ballon énergétique, les pieds font le pas de l’arc ; doux et coulants comme un serpent, doux comme un vers à soie qui fait son cocon et enroule sa soie.
Non seulement le corps se meut et tourne dans l’espace d’énergie des 9 palais, mais aussi et en même temps toutes les articulations ne cessent de bouger, dans un sens et dans l’autre, de s’ouvrir et de se fermer.


Cette forme de Tai Ji met beaucoup plus l’accent que d’autres méthodes sur les pas de l’arc et les circonvolutions.

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ghislaine shue
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Le Qi Gong des 12 mouvements giratoires de Jiugong (9 Palais) de Wudang

Cette méthode exige une parfaite coordination de l’esprit, du souffle, du mouvement et de l’immobilité. Il a pour but de cultiver le QI (énergie vitale) en harmonie avec la nature ( le déplacement dans l’espace et les 8 changements de direction) , de renforcer l’organisme et plus particulièrement les tendons, les muscles et les articulations. Il développe la souplesse du corps, du bassin et des hanches. Cette méthode est la base des 23 mouvements.


Le Taiyi Wuxing Quan de Wudang : Historique


« Des étrangers ! » nous crient à Ghislaine mon épouse et à moi ; des gens à notre passage, sur une route où nous avons vu beaucoup de paysages fort curieux. Le bourg de Danjiangkou n’est pas grand, rares y sont les touristes étrangers, le mois d’avril n’est pas une période touristique, et nous y sommes les deux seuls étrangers venus de France.
Bien que Danjiangkou ne soit pas grand, on peut y boire directement l’eau de la rivière. Dans une si bonne eau il y a évidemment de bons poissons, et ces délicieux poissons n’ont même pas l’odeur qu’ont généralement les poissons de vase ! C’est une bonne expérience pour moi !
Nous allons dans le bureau de l’administration nationale du patrimoine immatériel de Wudang qui est à côté du premier palais de Jinglegong de Wudang Shan ; nous avons été accueillis par monsieur Qin Xianpin et madame Qin Xia qui sont les descendants en ligne directe de l’école de l’art martial interne Taiyi Wuxing Quan de Wudang. Nous avons alors commencé à étudier et à pratiquer cette méthode.


Un art martial presque disparu
Depuis que Zhang Sanfeng a créé le Taiji Quan pratiqué à Wudang, cet art a toujours retenu l’attention. Entre 1488 et 1504, Zhang Shouxing de la huitième génération des taoïstes de Longmen de Wudang Shan a été un grand maître de cette pratique basée sur la transformation des cinq éléments, en vue de laquelle on fait circuler l’énergie interne, tout en utilisant l’énergie extérieure naturelle. Zhang Shouxing s’est appuyé pour créer cet art martial interne le Taiyi Wuxing Quan sur les treize formes de Taiji de Zhang Sanfeng de Wudang, sur les « cinq jeux d’animaux » créés par le médecin célèbre Hua Tuo (141 – 203), ainsi que sur les diverses pratiques de daoyin, de tuna Taoîste etc. Depuis, cette forme d’art n’a été pratiquée que par les taoïstes de haut niveau de Wudang, les gens ordinaires ne pouvant pas le pratiquer.

Tien Shue et Qin Xia

 

En 1929, Aixinjueluo Fuhuan (en chinois Jin Zitao) qui avait alors vingt quatre ans, est venu résider en tant que donateur à Zixiagong à Wudang Shan. Par une nuit profonde, il est tombé par hasard sur le maître taoïste de la seizième génération, Li Helin, qui était en train de pratiquer le Taiyi Wuxing Quan; il remarqua que cet art était différent de celui pratiqué par les gens ordinaires et compris que cet art était très précieux, et il s’empressa de demander à l’étudier. Mais cela était interdit par les règlements taoïstes, et en plus il n’était ni taoïste, ni maître, et Li Helin refusa de le lui enseigner. Mais Jin Zetao était résolu, il se rendit trois fois à Wudang Shan et devant le refus du maître, il demanda à devenir moine pour apprendre ; il finit par émouvoir le maître taoïste Li Helin, qui transgressa les règles pour le prendre comme disciple laïc de la dix-septième génération ; Jin Zetao pratiqua alors le culte pour être reconnu par son maître dans le temple de Zixiagong, il s’agenouilla devant la statue divine de Xuanwuzhendi et jura qu’ensuite il ne transmettrait le secret de cet art à quiconque, et obtint ainsi de pouvoir l’étudier. C’est grâce à cette bonne fortune que nous pouvons aujourd’hui connaître cette forme d’art martial interne du Taiyi Wuxing Quan.
Pour maître Jin, ces cinquante ans ressemblèrent à une journée ; il pratiqua le Taiyi Wuxing Quan sans arrêt et du début à la fin ne cessa d’observer son vœu, sans jamais transmettre son art. Puis, en 1980, il se rendit compte que malheureusement cet art allait disparaître (personne ne connaissait le Taiyi Wuxing Quan) et, par amour pour son art, il se résolut à transgresser son vœu, pour le transmettre ouvertement, et il finit par accueillir madame Zhao Jianying comme descendante directe de la dix-huitième génération, pour qu’elle continue à enseigner cet art à Wudang Shan.

Après la mort de maître Jin en 1985, le Taiyi Wuxing Quan a retrouvé sa place à Wudang Shan, et la tâche de le diffuser a incombé à madame Zhao Jianying. Celle-ci, sans être payée, se mit à l’enseigner et aussi à l’étudier et s’y consacra entièrement. Et ainsi, le disciple de la dix-neuvième génération, monsieur Qin Xianpin, dès son enfance, put suivre et étudier avec sa mère madame Zhao Jianying, de même que sa petite fille, madame Qin Xia qui commença à l’étudier à l’âge de quatre ans. Tous se consacrèrent à la diffusion et à l’étude du Taiyi Wuxing Quan.
Bien que maître Jin et madame Zhao Jianying aient déjà disparu, cet art, grâce à leurs efforts est devenu de plus en plus connu et d’autres disciples comme monsieur Qin Xianpin, madame Qin Xia, ainsi que monsieur Jian Yuanzhang, Yang Qunli et d’autres continuent l’étude, la pratique et la diffusion.

Notre témoignage
Notre maître, Qin Xia, est chaleureuse et directe, et plus jeune que nous, elle pratique son art depuis déjà une trentaine d’années ; sa pratique est élégante, décontractée, son pas est sûr, comme si un dieu était descendu sur terre, et c’est absolument magnifique. Elle éprouve des sentiments profonds pour sa grand-mère qui toujours a désiré et jusqu’à sa mort, se consacrer à la diffusion du Taiyi Wuxing Quan, et qui n’a cessé de lui rappeler l’importance de diffuser cet art ; et c’est ainsi que la diffusion a pu se faire. Grâce à la compréhension et au soutien de son mari, elle a choisi de se consacrer aussi à cet art, et dans notre époque extrêmement commerciale, ce choix n’est vraiment pas facile. L’esprit ferme et résolu de ces deux générations, de cette grand-mère et de sa petite fille, remplit d’émotion.

Le trésor de Wudang – le Taiyi Wuxing Quan
Le Taiyi Wuxing Quan est une sorte d’art martial propre à Wudang, et quand on l’étudie, on ne peut que l’applaudir et l’acclamer !
Créé à partir du Taiji Quan de Zhang Sanfeng de Wudang et développé selon les différents arts martiaux internes de Wudang, qui ont tous pour base théorique la pensée taoïste, il a pour objectif d’être un exercice complet ayant pour base l’énergie, dans le but de maintenir une bonne santé et fortifier son corps, et de transformer en profondeur les qualités du corps et de l’esprit. Bien qu’il préconise le calme comme base, la douceur comme forme, d’utiliser la volonté (Yi) mais sans la force physique , le calme dans le mouvement, dans le mouvement le calme, de respecter le sens mais pas la forme et autres techniques des arts martiaux internes ; en fait chaque forme d’art martial interne possède ses propres caractéristiques, parce que la Voie est complexe et son sens profond ; les anciens maîtres avaient tous leurs propres spécificités, leurs conceptions étaient différentes, et leurs méthodes et pratiques aussi.

Aujourd’hui, le Taiyi Wuxing Quan de Wudang est particulièrement reconnu et il a été nommé patrimoine immatériel national. La raison pour laquelle il est devenu l’une des formes principales d’art martial interne de Wudang c’est qu’il a synthétisé les jeux des cinq animaux, et a comme base la théorie sur les formes, les fonctions et les positions des cinq éléments, et qu’il utilise davantage les caractéristiques des mouvements comme base pour former un système des cinq éléments ; en outre, il coordonne les positions des neuf palais en s’appuyant sur l’ordre de l’énergie cosmique naturelle pour que les mouvements s’inscrivent de façon ordonnée dans les neuf palais, de telle sorte qu’ils suivent les règles physiologiques du corps humain et des mouvements de la nature ; il est fondé sur le yin et yang du taoïsme, les cinq éléments, les huit trigrammes, les neuf palais, l’union du ciel et de l’être humain et autres théories, il est une pratique très concrète, mais encore peu connue, qui possède des caractéristiques et des particularités spécifiques et différentes des pratiques communes.

Le Taiyi Wuxing Quan non seulement recherche l’union de l’art martial et de l’énergie, mais il utilise encore la volonté pour conduire l’énergie, de telle façon que l’énergie interne suit les transformations des postures et enveloppe et circule autour du corps, atteignant l’union de l’intérieur et de l’extérieur, circulant par les huit méridiens extraordinaires et flottant librement autour du corps ; en même temps, on porte attention à se placer au centre du champ d’énergie, à la fois en opposition et en union avec le ciel et la terre ; l’énergie interne s’évapore, l’énergie externe entre, le moi s’équilibre, il passe à travers les neuf palais, en union avec le ciel et la terre.

Dans nos exercices, nous utilisons les hanches pour entraîner tout le corps, les deux mains tiennent un ballon énergétique, les pieds font le pas de l’arc, les mouvements sont harmonieux, flexibles, tendres, doux et coulants comme un serpent, doux comme un vers à soie qui fait son cocon et enroule sa soie. Non seulement le corps se meut et tourne dans l’espace d’énergie des neuf palais, mais aussi et en même temps toutes les articulations ne cessent de bouger, dans un sens et dans l’autre, de s’ouvrir et de se fermer ; cette forme de taiji met beaucoup plus l’accent que d’autres sur les pas de l’arc et sur les circonvolutions.
La posture du Taiyi Wuxing Quan est stable, l’attitude est ramassée, un grand espace n’est pas nécessaire pour pratiquer ; les douzes exercices de base du Taiyi Wuxing Quan de la circulation dans les neuf palais ne nécessitent qu’un espace aussi petit qu’une vache couchée, ce qui est très pratique pour ceux qui cherchent des lieux pour s’exercer.

Parmi mes étudiants, même s’ils n’ont pas pratiqué très longtemps, beaucoup ont déjà réalisé les bienfaits de ces exercices, et la rapidité de l’efficacité de cette discipline est surprenante. On peut notamment remarquer que dans la pratique du Taiyi Wuxing Quan, les exercices des jambes sont particuliers ; on ne trouve pas d’équivalent dans les autres méthodes, les deux jambes sont comme de l’eau chaude bouillante, après s’être exercé les pas sont devenus légers, les meridiems des trois yin et des trois yang des pieds sont traités avec efficacité. A travers ces exercices, nous avons appris que les bienfaits du Taiyi Wuxing Quan sont très profonds, à chaque pratique on peut remarquer de nouveaux gains, et en approfondissant l’étude du Taiyi Wuxing Quan, on pourra encore y découvrir de nombreuses sensations.

A travers la pratique de cet Taiyi Wuxing Quan, on peut obtenir un plaisir artistique, obtenir une capacité de bonne santé et de longévité, enrichir ses intérêts, et cela peut aussi nous aider à éviter les différentes pressions de la vie moderne, à renforcer l’esprit et le corps, et à offrir un sens positif à notre vie moderne.

Traduit du chinois par : Catherine Capdeville-Zeng
Anthropologue et maître de conférences à l’INALCO
Elève de Maître Tien Shue.